Lettre de l’Observatoire n°49

Dans ce numéro :

  • Trois questions à Anikó Csecserits, chercheure en Hongrie
  • Quelle végétation privilégier pour empêcher le développement des ambroisies sur un terrain envahi ?
  • L’Observatoire fait son cinéma
  • A la conquête d’un nouveau monde

Trois questions à Anikó Csecserits, chercheure en Hongrie

Dr. Anikó Csecserits est chercheure à Vácrátót, une petite localité proche de Budapest en Hongrie. Elle travaille à l’institut d’écologie et botanique à l’académie des sciences d’Hongrie (1).

Figure 1 – Institut d’écologie et botanique, Vácrátót, Hongrie

Quels sont vos sujets de recherche sur l’ambroisie ?

Avec mes collègues, nous avons réalisé plusieurs expériences de terrain sur l’invasibilité de différents habitats et le rôle des perturbations dans la propagation des espèces envahissantes comme l’Ambroisie à feuilles d’armoise. Nous avons constaté que même dans la partie centrale de la Hongrie, qui est l’une des régions les plus infestées de l’UE, il existe encore des habitats qui résistent à l’invasion de l’ambroisie. L’absence de perturbation en est une des principales raisons. Les habitats naturels sont encore résistants à l’ambroisie et peuvent servir de corridor. De manière générale, nos recherches aident à comprendre les raisons de la propagation de l’ambroisie

En Hongrie, dans quel type de milieu la retrouve-t-on le plus souvent ?

Au regard de mon expérience, on la trouve principalement dans les cultures :  tournesol, maïs ou sur les chaumes de blé. Les bords des routes sont moins infestés, car ils sont régulièrement gérés, principalement fauchés. Très peu d’habitats naturels sont infestés. A noter toutefois que le fourrage contaminé ou les champs destinés à l’alimentation des cervidés peuvent devenir des sources de dissémination de l’ambroisie dans la nature.

Je pense que les principaux vecteurs de dispersion sont les engins de travaux publics et agricoles et également les produits contaminés issus de l’agriculture, comme le tournesol ou le maïs. Après contamination, la gestion du sol dans les champs et les transports de terre entrainent à leur tour, la dispersion des graines d’ambroisie.

Je l’ai observé moi-même lorsque ma rue a été rénovée et que l’entreprise a apporté de la terre : c’est de l’ambroisie qui a poussé en premier. C’était une petite population et j’ai pu arracher les individus avant la floraison, mais ce n’est pas toujours possible.

Figure 2 – Répartition d’Ambrosia artemisiifolia en Hongrie (3)

 

Existe-t-il une organisation en Hongrie dédiée à la gestion de l’ambroisie ?

Il n’existe rien de tel, mais il y a une réglementation plutôt stricte. En général, la gestion de l’ambroisie relève du devoir du propriétaire de la terre. Il ou elle peut recevoir une amende, si le problème n’est pas géré. Dans les zones urbanisées, ce contrôle est réalisé par un notaire, et par l’administration foncière hongroise dans les terres agricoles. Cependant, il y a quelques problèmes : l’administration foncière n’a pas assez de capacité pour faire le contrôle partout dans le pays. De plus, si sur un champ infesté d’ambroisie il y a un certain pourcentage de culture, le propriétaire peut attendre jusqu’à sa récolte sans être obligé de détruire l’ambroisie. Ainsi, celle-ci peut produire beaucoup de graines, qui peuvent survivre plusieurs années dans le sol.

Quelle végétation privilégier pour empêcher le développement des ambroisies sur un terrain envahi ?

 

Une équipe de chercheurs de Bulgarie a expérimenté le potentiel de trois espèces de Poaceae (=graminées) vivaces sur la croissance et la capacité de production de graine d’Ambroisie à feuilles d’armoise. Les espèces utilisées étaient le Ray-grass anglais (Lolium perenne), le Dactyle aggloméré (Dactylis glomerata) et la Fléole des prés (Phleum pratense). Les résultats de cette étude qui vient d’être publiée (3) indiquent que les trois plantes répriment efficacement la croissance de l’ambroisie. Le Ray-Grass se développe plus rapidement que les deux autres et il est donc efficace plus tôt. L’étude préconise alors l’utilisation de ces Poaceae sur les friches et les zones perturbées, avec l’arrêt des perturbations du sol.

Une étude canadienne parue en 2014 (4) utilise une autre approche : sur les bords de route souvent végétalisés avec du trèfle, des zones peuvent rester nues à cause des forts taux de métaux lourds qui y sont présents. L’ambroisie supportant bien ces pollutions, elle peut s’y développer. L’étude consistait à identifier une autre plante qui puisse à la fois former un couvert dense et supporter une forte présence de métaux lourds. Elle pourrait alors être implantée pour combler ces « trous » avant que l’ambroisie ne s’y installe. Il en ressort que le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) est un candidat envisageable.

Dans un autre contexte (5), en Italie, une équipe a testé avec succès deux mélanges d’espèces vivaces : le premier contenait majoritairement du Brome érigé (Bromus erectus) et de l’Avoine élevée (Arrhenatherum elatius). Le second était constitué de sept espèces : Fétuque rouge (Festuca rubra), deux espèces de Ray-gras (Lolium perenne et L. multiflorum), Lotier corniculé, Pâturin des prés (Poa pratensis), et deux espèces de trèfles (Trifolium pratense et T. hybridum). Dans ces deux cas, le contrôle de l’ambroisie a été obtenu en 3 saisons.

Cette liste n’est pas exhaustive et de nombreux autres essais ont été réalisés, notamment par les gestionnaires de bords de route et d’autoroute. La composition du mélange de végétation à implanter, dépend de la nature du sol rencontré, de l’exposition de la parcelle et du climat local. La richesse de la bibliographie scientifique sur le sujet prouve une fois de plus qu’il est possible de contrôler l’ambroisie par végétalisation des zones perturbées sans avoir recours à l’utilisation d’herbicides. Face à un couvert dense, l’ambroisie est une faible compétitrice dans ses premiers stades et ne peut boucler son cycle de développement.

L’Observatoire fait son cinéma

Nos deux cinéastes improvisées, Sarah LABRUYERE et Marilou MOTTET ont emporté leur micro et caméra pour aller à la rencontre des chercheurs travaillant sur Ophraella communa. Il en ressort une petite vidéo de 5 min pour présenter le cas de cette chrysomèle prédatrice d’Ambroisie à feuilles d’armoise. Allez la visionner sur ce lien. Une version longue, plus détaillée, sera bientôt en ligne. Affaire à suivre.

Figure 3 – Petite vidéo de 5 min sur Ophraella communa réalisée par nos deux cinéastes en herbe (à poux).

 

 A la conquête d’un nouveau monde

Cette lettre de l’Observatoire est la dernière de la saison 2017. Rendez-vous pour la suivante en mars 2018 !

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Actualités

 ¨ Pour rester connecté avec nos actualités, visitez le blog de l’Observatoire des ambroisies : ambroisie-blog.org.

¨ Réservez vos 22 et 23 novembre 2017 pour participer aux XXIIème Journées d’Etudes Scientifiques du RNSA à Paris sur le thème Allergie et Environnement.

¨ Le comité parlementaire des ambroisies et autres espèces invasives est en train d’organiser une manifestation prévue le 14 décembre. A suivre…

 

Sources d’information

  1. : Site du centre de recherches sur l’écologie de Hongrie : http://www.okologia.mta.hu/en/node/2
  2. : Base de données du programme de cartographie de la flore hongroise-Université de Sopron, EMK, Institut de botanique et de conservation de la nature – Atlas Florae Hungariae, 2015
  3. : Vladimirov et al.—2017
  4. : Jichul Bae et al.—2014
  5. : Gentili et al.—2016

Rédaction :

Marilou MOTTET

Lettre Observatoire ambroisie novembre 2017_format PDF

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